comme soleil en hiver


te dire si loin
le temps de nous meurtri
par la mémoire mensonge
te dire que les mots meurent
si on ne les pratique pas
te dire qu’on trame avec le temps
des indocilités
te dire la plage et les roseaux
chemin de repentance de n’avoir jamais su
te dire te dire sans cesse
murmurer contre le silence
contre l’insoutenable absence ce matin-là
je me réveille dans la sueur
et tu n’es plus

alors te dire te dire sans cesse
pour te trouver
pour savoir le destin de ton sourire
te dire que je ne sais plus te dessiner
te dire la force de mon oubli
et la démesure de ma honte
démesure de ne plus savoir comment
d’oublier jusqu’au nom
par lequel tu m’appelais
démesure de ma honte
te dire que c’est si loin
te dire que tu manques à mes jours
comme soleil en hiver

te dire que le temps ne renchérit pas
regards perdus au creux de ton silence
miroir ne reflétant
qu’un rideau vide de toi
ta langue que je ne comprends pas
comme une mélodie une chanson d’évidence
le temps de toi est loin
et je ne compte plus les nuits sans sommeil
les nuits où tu reviens
comme une apparition
les nuits où le fauve tourne
où le sang gronde

te dire tout, très vite
coucher sur le papier
avant que ça ne s’efface
tes yeux contre le vide
quand je te joue un numéro
pour te faire rire pour que tu voies
toute cette vie qui reste
pour que tu chantes encore cette langue inconnue
jouer devant toi qui n’a plus de cheveux
et tu ris quand je chante si faux
et tu ris quand je danse comme un canard boiteux
et tu ris quand j’imite la vie
la vie qui vibre dans mon intérieur
qui vibre pour te faire rire encore

comme aujourd’hui
je joue avec les mots
te dire que c’est si loin
que je te parle si proche
comme ta peau qui m’enveloppe
dans les angoisses d’enfant
comme ton souffle qui me glisse
que tout continuera
alors je continue
je joue, tu ris
je danse, tu ris
je chante, tu ris
je construis une maison
et ça t’amuse encore

quelle belle maison tu dis
je m’endors j’écris
contre cette mémoire mensonge
qui dit que tu n’es plus
contre ce temps qui passe
à te chercher derrière les mots
contre la voix oubliée
derrière les autres voix
derrière les autres mains
les autres corps
je t’écris le silence
un silence plein de vie
qui joue qui joue encore avec les mots

emma filao