dimanche
la course
le soleil
je danse
pourtant
danse avec mon amour
matinale
multitude
où certains tombent
dans ces puits
de sommeil
épuisées
de ces années
courues d’avance
où cette jeune maman
grandie
à la force de ses bras
sanglote dans le silence
pour ne pas réveiller sa fille
–
matinée du dimanche
soleil
que l’on n’attendait plus
et la ville murmure
et nous fourmis humaines
retenons notre souffle
les terrasses des cafés
bruissent
de feuilles volantes
comme des miroirs
où nous tombons
ces tours
qui sont les nôtres
châteaux de cartes
que nous pensions
aussi solides qu’un Épidaure
là-bas
oui la voix porte
le murmure même
nous sommes ces trois singes
soudain
pris par l’angoisse
–
au soleil du midi
de ce dimanche presque anodin
cette vieille dame
appuie sa main
contre la mienne
elle avance
pas à pas
née avant-guerre
enfant exil
cachée ou sur les routes
elle avance
pas à pas
sa main
contre la mienne
mon histoire
dans la sienne
mémoire exil
cachée ou sur les routes
–
au milieu de l’après-midi
le soleil persévère
déjouant les probabilités
et me voilà
face à cette petite fille
on se regarde
on s’apprivoise
le temps d’un souffle
une suspension
elle prend ma main
comme si depuis toujours
touche tendrement
une blessure sur mon bras
pour soulager ce qui se peut
elle joue
enfant soleil
escalade mon dos
s’assoit sur mes épaules
me dit ici je suis une reine
elle me prend dans ses bras
se blottit dans les miens
comme si depuis toujours
–
pour elle
pour elle
pour elle
pour elle
je prends ma plume
et ce petit carnet
je l’ouvre
dedans
espace immense
et peut grandir encore
accueillir
d’autres voix
d’autres corps
d’autres vies
et se tourner vers le soleil
emma filao