Il y a urgence. Celle qui réveille la nuit. Urgence à dire. À faire sonner les mots. S’inscrire contre l’absence qui creuse le ventre. Il y a urgence à vivre. Rattraper les années déjà perdues d’avance. Et les images comme une tornade désavouent le repos. Le salut de l’autre silence. De la paix des âmes, celles envoyées dans le nuage rose, sous le pied des planètes. Il y a urgence à réparer les pantalons troués. Les miroirs pâles qui s’obstinent contre la raison. Il y a urgence à laisser le cri pousser comme un arbre. Offrir au soleil un îlot nébuleux où délasser ses pieds. Faire mentir toutes les lèvres serrées. Libérer l’optimisme. Il y a urgence à dépasser la peau. À dépecer les mots. Faire rougeoyer la chair du verbe et découdre les oraisons stériles. Il y a urgence à tendre le regard, comme une main, vers le prochain vers le semblable. À muscler la bouche et l’envie, à laisser les larmes sous les ponts et les fissures dans les nappes de la terre. Dire, dire et redire ce qui s’obstine à ne passer la lèvre. Mordre, mordre et remordre dans l’espérance. S’en mettre plein la bouche plein les mains. Et se purifier à la source, l’élan vital qui nous ramène la grandeur d’être humain.
emma filao